Roland Barthes par lui-même

Sa voix : « De là à comprendre ce qu’est la description : elle s’épuise à rendre le propre mortel de l’objet, en feignant (illusion de renversement) de le croire, de le vouloir vivant : »faire vivant » veut dire « voir mort ». L’adjectif est l’instrument de cette illusion ; quoi qu’il dise, par sa seule qualité descriptive, l’adjectif est funèbre. » (page 72)

Etymologies : « son discours est plein de mots qu’il coupe, si l’on peut dire, à la racine. Pourtant, dans l’étymologie, ce n’est pas la vérité ou l’origine du mot qui lui plaît, c’est plutôt l’effet de surimpression qu’elle autorise : le mot est vu comme un palimpseste : il me semble alors que j’ai des idées à même la langue – ce qui est tout simplement écrire. » (page 88)

Le cercle des fragments : « Ecrire par fragments : les fragments sont alors des pierres sur le pourtour du cercle : je m’étale en rond : tout mon petit univers en miettes ; au centre, quoi ?  » (page 96)

Méduse : « La Doxa parle, je l’entends, mais je ne suis pas dans son espace. Homme du paradoxe, comme tout écrivain, je suis derrière la porte ; je voudrais bien la passer, je voudrais bien voir ce qui est dit, participer moi aussi à la scène communautaire ; je suis sans cesse à l’écoute de ce dont je suis exclu ; je suis en état de sidération, frappé, coupé de la popularité du langage. » (page 126)

De l’écriture à l’oeuvre : « La contradiction est bien entre l’écriture et l’oeuvre (le Texte, lui, est un mot magnanime : il ne fait pas acception de cette différence). Je jouis continûment, sans fin, sans terme, de l’écriture comme d’une production perpétuelle, d’une dispersion inconditionnelle, d’une énergie de séduction qu’aucune défense légale du sujet que je jette sur la page ne peut plus arrêter. Mais dans notre société mercantile, il faut bien arriver à une « oeuvre » : il faut construire, c’est-à-dire terminer une marchandise. Pendant que j’écris, l’écriture est de la sorte à tout instant aplatie, banalisée, culpabilisée par l’oeuvre à laquelle il lui faut bien concourir. Comment écrire, à travers tous les pièges que me tend l’image collective de l’oeuvre ? – Eh bien, aveuglément. A chaque instant du travail, perdu, affolé, je ne puis que me dire le mot qui termine le Huis-clos de Sartre : Continuons. »

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