Timidité, poème de Pierre Reverdy

Après un voyage trop long et des insomnies prolongées, seule la plus grande joie vient t’attendre.
Sans aucune certitude ni garantie avec tous les efforts, seulement permis et promis, tu n’es plus seul et prêt à marcher, n’importe où.
Le monde te confie sa force en échange de ta confiance. Tu ferais toutes les démarches si l’aplomb avait payé ton sort à ta naissance. Mais qui t’as mis cette hésitation poignante dans le ventre ? Tes jambes n’auront jamais la force de ton énorme poids.
Sur le palier, plus haut que les marches qu’il n’a pas su compter, il hésite et, plus heureux qu’après une grande victoire, il redescend sans avoir seulement effleuré de sa main lâche le cordon auquel il aurait plutôt pendu son cou.

 

Pierre Reverdy, Poèmes en prose (1915)

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais rendu public. Les champs marqués d'un astérisque (*) sont obligatoires