Moment, poème de Victor Segalen

Ce que je sais d’aujourd’hui, en hâte je l’impose à ta surface, pierre plane, étendue visible et présente ;

Ce que je sens, – comme aux entrailles l’étreinte de la chute, – je l’étale sur ta peau, robe de soie fraîche et mouillée ;

Sans autre pli, que la moire de tes veines : sans recul, hors l’écart de mes yeux pour te bien lire ; sans profondeur, hormis l’incuse nécessaire à tes creux.

Qu’ainsi, rejeté de moi, ceci, que je sais d’aujourd’hui, si franc, si fécond et si clair, me toise et m’épaule à jamais sans défaillance.

J’en perdrai la valeur enfouie et le secret, mais ô toi, tu radieras, mémoire solide, dur moment pétrifié, gardienne haute

De ceci… Quoi donc était-ce… Déjà délité, décomposé, déjà bu, cela fermente sourdement déjà dans mes limons insondables.

Victor Segalen, Stèles

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais rendu public. Les champs marqués d'un astérisque (*) sont obligatoires