Retour en prose

Il suspend son vol au bord de la falaise indécise. La marée découvre un hôpital gris. Un havre de paix, hasarde-t-il. Une lanterne rouge l’attire au bout d’un chemin vicinal. Un parapluie en fait, agité par une de ces mouettes fluviales. « Encore une de ces putains d’eau douce ! » Et la métaphore de s’écraser.

Il ne lui reste qu’à se morfondre dans la ville rasée. A mesure qu’il erre, il comprend que c’est ville pilée, voire concassée qu’il faudrait dire. Mais d’impatients architectes l’auront bientôt libérée de ses ruines générales.

La grâce des oiseaux maritimes trompe son ennui. Une fois les vols examinés, il peut nommer la provenance de ces émigrants divers, jusqu’aux infinies nuances de leurs teintes hivernales.

 

Retour au pays, petite magie, dit le proverbe de son invention. Mais pourquoi l’odeur ! De l’absinthe, quelle horreur ! Le champ est libre pour l’immonde réalité. Il passe parfois dans les rues éteintes. Un temps fantôme, il meurt écrasé sous un poids lourd de plaintes.

 

La science des vols examinés s’est perdue avec lui. Les émigrants ont suivi les villes émigrées. Les vols séquanes conservent sous leurs plumes un peu de leurs teintes hivernales.

 

 

D’après Queneau, Morale élémentaire I, poème 23

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