Sonnet, de Théophile de Viau

Non recueilli dans les Œuvres poétiques, ce sonnet de Théophile de Viau que Baudelaire cite à la fin de Mon cœur mis à nu, tire le motif du songe érotique vers la nécrophilie.

Je songeais que Phyllis des enfers revenue,
Belle comme elle était à la clarté du jour,
Voulait que son fantôme encore fît l’amour
Et que comme Ixion j’embrassasse une nue.

Son ombre dans mon lit se glissa toute nue
Et me dit : cher Tircis, me voici de retour,
Je n’ai fait qu’embellir en ce triste séjour
Où depuis ton départ le sort m’a retenue.

Je viens pour rebaiser le plus beau des Amants,
Je viens pour remourir dans tes embrassements.
Alors quand cette idole eut abusé ma flamme,

Elle me dit : Adieu, je m’en vais chez les morts,
Comme tu t’es vanté d’avoir foutu mon corps,
Tu te pourras vanter d’avoir foutu mon âme.

2 commentaires

  • Chillet a écrit :

    Je songe après cette lecture à un film récent de Philippe Garrel, intitulé La frontière de l’aube…Nerval non plus n’est pas très loin…

  • Sylvain FOULQUIER a écrit :

    Ce poème superbe montre bien que la poésie n’a rien à faire du « politiquement correct ». Dans la mesure où celui-ci fait de nos jours un retour en force, c’est toujours utile à rappeler.

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