Sonnet de Quevedo

OU L’ON SE REPRÉSENTE LA BRIÈVETÉ DE CE QUE L’ON VIT ET LE PEU QUE PARAIT ÊTRE CE QUE L’ON A VÉCU

 

Ho de la vie !… Personne qui réponde ?
A l’aide, ô les antans que j’ai vécus !
Dans mes années la fortune a mordu ;
Les Heures, ma folie les dissimule.

Quoi ! sans pouvoir savoir où ni comment
L’âge s’est évanoui et la vigueur !
Manque la vie, le vécu seul subsiste ;
Nulle calamité, autour, qui ne m’assiège.

Hier s’en est allé, Demain n’est pas encore,
Et Aujourd’hui s’en va sans même s’arrêter :
Je suis un Fut, un Est, un Sera harassé.

Dans l’aujourd’hui, l’hier et le demain, j’unis
Les langes au linceul, et de moi ne demeurent
Que les successions vives d’un défunt.

 

Traduction de Claude Esteban, dans Anthologie bilingue de la poésie espagnole, « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard.

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