Sonnet de Shakespeare

Oubliée la traduction, ces deux versions en français d’un sonnet de Shakespeare me donnent envie de méditer sur l’éternel retour, en morale élémentaire bien sûr, et avec tout l’appareil de ses correspondances.

 

Sonnet 59
s’il n’y a rien de nouveau si ce qui est
existait déjà nos cerveaux sont piégés
s’efforcent d’inventer mais portent en vain
le nouveau fardeau d’un enfant déjà né
oh pourrait-on d’un regard en arrière
même de cinq cents soleils révolus
me montrer ton image dans un livre ancien
aux temps des premiers écrits
pour voir ce que le vieux monde dirait
de ta forme cette merveilleuse création
avons-nous changé étaient-ils meilleurs
ou n’est-ce qu’un éternel retour

je suis sûr que l’esprit des jours anciens a consacré
à de plus médiocres sujets ses éloges son admiration

 

Frédéric Boyer (P.O.L., 2010)

 

Sonnet LIX

S’il n’est rien de nouveau, et si tout ce qui est, était auparavant, dupés sont nos cerveaux peinant pour inventer, et qui portent en vain le second fardeau d’un enfant déjà né !

Qu’un témoignage, et par un regard en arrière, si loin que cinq cents courses du soleil, me montre votre image en un livre ancien, puisqu’en signes d’abord l’esprit était inscrit !

Que je sache ce que le vieux monde pouvait dire, de ce miracle composé en votre forme, si nous nous amendons ou s’ils furent meilleurs, ou si les révolutions sont uniformes,

Oh je suis sûr, les esprits d’anciens âges, à de moins bons sujets ont donné leur louange.

 

Pierre Jean Jouve (Club français du livre, 1955)

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