Sonnet d’Olivier Larronde

J’ai découvert Olivier Larronde en 1990 dans la réédition des Barricades mystérieuses, où l’éditeur avait cru bon d’adjoindre un ensemble de témoignages qui ne me semblaient pas rendre service à l’œuvre. On y voyait René Char en caleçon à genoux devant l’archange poète et autres excentricités du même tonneau. Ce n’est qu’en 2002 que, dans une préface aux Œuvres poétiques complètes (Le promeneur, éditions Gallimard), Jacques Roubaud apportait un premier commentaire digne de ce nom : il signalait les qualités de sonnetiste d’Olivier Larronde.

Ces deux rééditions sont passées quasiment inaperçues.

 

Sonnet du menteur

Par exemple, menteur saigne
Ta langue, et rougit comme l’eau
Cette joue voisine du feu.
Un mensonge nous colore,

Presque. Dresse tes mains au jeu
Des langue, fleur et flamme ; alors
D’une curieuse haleine en plumes,
Je rapproche ventre qui bouge.

Ma bouche au tisonnier j’allume,
N’espérons plus s’il n’est rouge.
Vexé que mon cœur déteigne,

J’efface tout et je signe
(Profitant du doigt qui saigne)
Sur un arbre des dimanches.

 

Olivier Larronde, Les Barricades mystérieuses.

 

 

« La démarche d’Olivier Larronde […] consiste à traiter le sonnet comme une forme en mouvement à partir des modèles légués par Mallarmé (surtout) : le très classique classiquement disposé et rimé ; l’adaptation (suivant Auguste Barbier et Mallarmé encore) du sonnet dit « shakespearien », avec son couplet final isolé ; le sonnet « allongé » d’un vers ou plus dont l’ancêtre est seiziémiste (Ronsard…) C’est une « forme de vie » poétique. Pour une telle démarche de composition, les vertus de la forme-sonnet sont grandes : elles permettent la superposition, l’entrelacement, l’entassement des sens multiples, traits qui sont caractéristiques de la poésie de Larronde, de sa subtilité, de sa terreur. » Jacques Roubaud.

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