Sonnet de Raymond Queneau

Extrait d’un recueil de sonnets publié en 1958 et repris dans Le chien à la mandoline. Sur un thème bien baudelairien

 

Le crépuscule de l’aube

Lorsque dans le sommeil tombe un cristal de lune
Et que bien loin du mal un bien s’est égaré
Le rêve prend la route où veille la fortune
Celle qui monodrome arpente le pavé

La poussière siégeant sur la vieille tribune
Où trônait quelque mort aujourd’hui comburé
S’envole doucement comme sable sur dune
Au souffle inconsistant d’un vol d’oiseau lassé

Les ruisseaux de la ville amènent le ticket
D’autobus jusques à la plus prochaine bouche
D’égout car sans rien dire un matin s’est levé

Les yeux se décollant la gencive farouche
Le citoyen pensif admire les effets
De cette rotation sur d’infimes objets

 

Raymond Queneau, Le chien à la mandoline

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