Une vie avant le livre

Quelques médits après la lecture du Read/Write Book, le livre inscriptible.

Blanchot dans le Livre à venir évoque dans une longue note de bas de page « l’intéressante rupture morale » consentie par Jacques Scherer en publiant Le « Livre » de Mallarmé, Premières recherches sur des documents inédits ». Sentant que son heure est proche, Mallarmé veut que tout soit détruit : « Brûlez, par conséquent : il n’y a pas là d’héritage littéraire, mes pauvres enfants. »

Les faiseurs de notes sont-ils encore ces « contrebandiers de la littérature » comme les appelait Georges Perros (« On se venge, d’habitude, en ne daignant publier leurs choses qu’après leur mort. Pour ma part, vitrine ou non, me tuer pour leur donner chance posthume me semble un peu excessif. »)

On n’a pas attendu internet pour publier de son vivant ce qui n’aurait autrement de valeur que posthume… L’inachèvement est assumé. Question de valeur, qui se déplace, mais  pourrait-elle arpenter tout l’espace du  poème ?  Dans sa réédition de l’Effraie en 1971, Jaccottet supprime la mention « notes pour des poèmes » en tête de la Semaison : les notes préparatoires prennent de fait le statut de poèmes.

Pas de quoi étonner. Le poème est en mouvement. Il est tout aussi difficile d’en fixer la fin que son commencement. L’achevé d’imprimer est une solution simple pour l’immobiliser (encore qu’elle peut compliquer de nouveau : on n’est pas toujours sûr de détenir l’édition définitive…). Mais qui me dira de mettre la dernière main quand je choisis de publier sur mon site ? La lassitude ? Celle du lecteur aussi bien.

Mais est-ce qu’un poème commence quand j’en écris le premier mot ? Quelle est la part du travail en amont ? Il ne s’agit pas de faire les fonds de tiroir pour espérer satisfaire l’appétit contemporain qui réclame toujours plus de contenus. Plutôt de reprendre – même un peu (les vivants sont aussi faibles que les morts si l’on en croit Blanchot)  – le contrôle  sur ce qui sera montré de la genèse d’un poème. Plus peut-être que l’achèvement de l’œuvre, c’est la notion d’inédit qu’internet permet de subvertir. La question pour moi désormais est celle du dispositif hypertextuel à imaginer pour un auteur qui jouerait aussi le rôle de répondant posthume.

Chercher des exemples.

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