Jour du nouvel an
ciel et terre en harmonie –
le commencement !

–Shiki

Haïku forme ouverte

Lecture passionnée ces temps-ci, un peu chaque jour du « grand incendie de londres ». Internet donne du champ aux formats courts, dont le haïku. Je recopie ce passage qui montre l’aspect ouvert du poème japonais :

« – qu’un haïku était toujours (ce que je savais) ouvert, implicitement prolongeable en un long poème par chaînons, un « renku » mais que peut-être, plus encore qu’un début de renga, un « hokku », il était, virtuellement, infini vers le futur ; c’est-à-dire :
– que le commencement d’un poème infini était chaque haïku, infini dans les deux sens : prolongeant, en un nouveau début, tous les haïku antérieurs,
– mais surtout, imaginairement et potentiellement infini, à écrire ;
– que le renku mimait cela, au moyen des conditions de changement que lui imposaient les règles traditionnelles, comme dans le temps potentiellement infini (infini pour toutes fins pratiques) changent à l’infini les saisons, les fleurs, les pluies, les lunes ;
– que les voix des poètes qui se partagent la composition des strophes-chaînons d’un renku sont comme les générations ;

– et c’est pourquoi (mais c’est là, maintenant ma propre interprétation) il faut être au moins trois pour un renku, car la plus profonde ressemblance de l’homme n’est pas toujours avec ses parents mais avec ses grands-parents parfois, ou plus loin encore ;
– il faut être cinq au plus, car la mémoire transmissible par la voix ne couvre jamais plus de cinq générations ;
– la fin d’un haïku, d’un renku, enfin, n’est qu’un arrêt dans la forme perpétuelle, une sorte de mort. »

 

Jacques Roubaud, « le grand incendie de londres »

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