Expérience de poésie hypertextuelle

Je partage le constat de Denis Heudré sur la rareté de la poésie hypertextuelle de langue française. Et dans ce carnet m’intéresse notamment le recours au lien hypertexte dans  la construction d’un recueil.

Infiniment infime  se présente, selon la balise <head> consultable dans le code-source comme « une première expérience de poésie hypertextuelle pour une balade entre plus de 600 poèmes pour le plaisir du partage de la poésie. De liens en liens, laissez-vous emmener dans une lecture différente de la poésie ». Cette balise ne comporte en revanche aucun mot clé (sans utilité pour le référencement puisqu’ils ne sont plus déterminants pour les moteurs de recherche, ils peuvent proposer des pistes de lecture).

Près de 700 poèmes publiés en blog d’octobre 2004 à septembre 2009 dans un ordre antéchronologique. Un cheminement linéaire était donc déjà possible. Également une consultation par archives et par catégories (ici dénommées « thèmes »). Ne manquent aux fonctionnalités habituelles d’un blog que les mots clés (ou tags) et le moteur de recherche.

Chaque poème dispose de sa propre URL, composée de chiffres, sans mot du titre ni indication de date. Chaque post du blog indique le jour et le mois de la publication, mais pas l’année. Dans la navigation hypertextuelle, il sera difficile de situer  un poème dans la chronologie.

L’hypertexte a été, de l’aveu de l’auteur, construit après coup à l’occasion de la clôture du blog. La figure du labyrinthe est évoquée, même si les modes de navigation déjà existants restent disponibles.

L’auteur invite à commencer la navigation par le dernier poème publié sur le blog : « Voilà « ouvrir les mots à clé » sera le mot de la fin ».

Les ancres (zones cliquables qui envoient vers un autre poème – le nœud-destination – ne sont pas immédiatement visibles sur le poème (une exception toutefois). Il faut les révéler en passant le curseur de la souris sur chacun des mots (impression d’enfance de lire les lignes avec l’index). Il semble que les ancres soient toujours constituées d’un mot unique, jamais de phrases.

Mon réflexe est de lire d’abord le poème dans son intégralité. Réflexe d’un qui écrit des poèmes selon une forme semi-fixe : lire la moitié d’un sonnet, à quoi ça rime ?

Le lien le plus fréquent repose sur une répétition. Le mot-ancre mène à un poème qui contient le même mot (un moyen simple d’expliciter l’ancre d’arrivée). Comment nommer ce type de liens qui incite à une lecture thématique ? Cela rappelle un classement par mots clés (justement absent du dispositif global) qui autorise des jeux de sens. De l’abstrait vers le concret (« ouvrir les mots » > « ouvrir une porte »). Le mot est recontextualisé. S’il est employé dans un autre sens, on peut parler de diaphore.

Je vois également des liens de synecdoque : entre « gonds » et « porte ». Des associations d’idées : entre « commode » et « buffet ». Des liens métaphoriques : entre « rebâtir » et « ruines d’usines ».

Cet hypertexte signale des réseaux de sens qui traversent le recueil (et tout recueil de poèmes). Il s’agit pour l’auteur de témoigner de sa relecture. Pour le lecteur d’une exploration plus ou moins aléatoire (comment s’opère le choix d’une ancre ?) où découvrir les liens ; où se confirme une tension entre le poème dans sa clôture (le parti-pris de notation du quotidien le plus infime est assumé, qui plus est) et son lien avec une source et/ou une destination.

Finalement, je ne me suis pas assez intéressé jusqu’à présent à la manière d’agencer un recueil. Trouver de la littérature. Revoir notamment ε de Roubaud.

 

Denis Heudré, Infiniment infime , consulté en décembre 2013.

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