Je n’ai pas écrit la plupart de mes écrits qui sont des livres.

–Jean-Pierre Balpe

Le temps positif de Balpe

Selon Jean-Pierre Balpe, inventeur de littérature générative, Le Temps Positif fait partie de l’hyperfiction La disparition du général Proust, disséminée dans une constellation de blogs  et d’hétéronymes sur les réseaux sociaux comme Germaine Proust, Marc Hodges…

Ce recueil est présenté ainsi dans la balise <head> que l’on peut consulter dans le code source :  « un recueil de poème conçu sur le principe des hypertextes. » Ses mots clés sont : « poésie, poetry, balpe, hypertext, hypertexte, philosophie, analyse ».

Pas d’autre information sur le site lui-même mais on en trouve une description plus détaillée sur le blog Mes poétiques, où Balpe consigne l’actualité de ses réalisations : « Le Temps Positif est un recueil datant des années 70-80 que, ayant dévié vers les littératures automatiques, je n’ai jamais eu le courage de terminer. Ce recueil est construit sur des principes hypertextuels, chacun des poèmes renvoyant de façon plus ou moins visible à d’autres poèmes du même recueil.  Dans le blog Le Temps Positif, je donne à la fois les poèmes dans l’état plus ou moins aboutis au moment où je suis passé à autre chose et l’appareillage qui l’entoure: manuscrits, recherches préalables, dessins, éventuellement musiques dont je me suis inspiré ou servi. Ce blog veut ainsi apparaître comme la mémoire d’un travail toujours en cours car je ne désespère pas de le reprendre un jour ou l’autre. »

Les poèmes sont ainsi relus pour un nouvel agencement, de type hypertextuel (on retrouve cette même démarche notamment avec Bleus, d’abord publié dans une édition papier chez Action poétique, 1984).

La page d’accueil affiche à gauche un portrait de l’auteur (tout porte à le croire) en jeune homme que l’on retrouve dans 4 autres blogs poétiques de Balpe (voir liens à droite de la page). Un clic sur la photo mène à un à-propos qui permet, pour sommaire qu’il soit, d’identifier l’auteur.

Très visible à gauche également les premiers itinéraires offerts à la navigation, un « nuage de tags » (ô pauvreté des métaphores du web…) distingue les thématiques les plus fréquentes dans le recueil : l’attente, le temps…

A droite de la page, d’autres éléments de navigation : le calendrier et les archives pour une consultation selon l’ordre de publication, un formulaire pour une recherche libre et des catégories. Catégories et mots clés assurent concurremment une hiérarchisation des thèmes du recueil, où je remarque une redondance au premier abord : toutes les catégories sont aussi des mots clés à l’exception d’une seule (« Réalité »). En fait,  ils ne renvoient pas à la même liste des poèmes. Et même curieusement deux poèmes avec pour titre « Ville » associé au mot-clé « Ville », ne se retrouve pas forcément dans la catégorie du même nom.

J’ai trouvé au hasard de mon parcours une catégorie invisible dans le menu. Elle s’intitule… « Le temps positif » et ne contient qu’un seul poème… « Le Temps positif » (publié le 7 janvier 2013), ce qui en fait une sorte de « super-poème » ou un chemin de crête :

« Rupture des lignes-forces séparant hier/demain
Le passé s’interroge
Visées ouvertes vers une attente inquiète
Crainte des jours lassés vies mornes mortes
Hier disait ce présage « la vie déçue »
Et pourtant de son tranquille mouvement
Le temps se déroule
À la crête des vagues attente au point
De rupture des questions »

Les poèmes sont mis en ligne progressivement dans un ordre antéchronologique, depuis le 30 décembre 2012. Rien n’indique que la publication soit achevée.

Aucune ancre dans le texte des poèmes. Mais des segments de texte entre guillemets suggèrent des liens. En effet, en entrant « Ce que fut hier » dans le formulaire de recherches, j’obtiens un poème antérieur qui contient les mêmes mots.

Catégories et mots clés substituent au déroulement linéaire un entrelacement des textes  (qui me fait penser – à tort ? – au « grand incendie de londres » que je suis en train de lire : l’importance décisive de la topologie pour la reconstitution de la mémoire dans la deuxième branche). C’est de ce point de vue que je lis « Chronologie » (et son mot clé « ponctualité » dans lequel espace et temps assument leur ambiguïté) où :

« seul ce point fixe initie l’extension liant
quelque part l’espace à l’autre espace
brisant l’immensité du champ
aujourd’hui quelque part se propose »

 

Un autre aspect de ce recueil hypertextuel, celui d’une vie avant le livre, intéresse également ce carnet.

« Le Temps Positif » se veut comme la mémoire d’un travail en cours, où laisser des traces (brouillons, tapuscrits) maintenant que les traitements de texte les effacent.

J’y vois une sorte de renversement : ce sont les manuscrits et tapuscrits pris en photos (on regrettera une résolution trop basse qui les rend presque illisibles) qui présentent un état figé du texte. Les poèmes édités en HTML sont eux modifiables à volonté et Balpe met en scène une notion d’obsolescence des textes. Pas de variantes sans invariant (édition définitive, œuvre parfaite). Mais qu’en est-il pour une œuvre en mouvement ?

« Alors le brouillon sera devenu le manuscrit — ou même le tapuscrit — et le texte à lire sera davantage l’écriture du texte qu’un texte particulier ne représentant plus qu’un moment donné d’un processus infini : paradoxalement — mais est-ce un vrai paradoxe ? —, lectures et analyses génétiques des textes se rejoindront dans une seule et même démarche. » (Balpe, Écriture sans manuscrit, brouillon absent)

 

Jean-Pierre Balpe, Le temps positif, consulté en décembre 2013

 

Un seul commentaire

  • Jean-Pierre Balpe a écrit :

    Merci pour cette lecture très attentive que je découvre par hasard, cherchant en fait un long article américain « Balpean hypertext » que je n’arrive pas à trouver. Je n’ai effectivemnt pas encore tout publié du Temps Positif mais j’approche (en août 2014) de la fin.

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