Morale élémentaire et spatialisme

La prédominance du mot, en particulier du substantif, sur la phrase : je découvre un lien possible entre la morale élémentaire et la poésie spatiale de Pierre et Ilse Garnier. Garnier écrit dans le Manifeste pour une poésie nouvelle visuelle et phonique :

« La phrase brouille les mots ; elle favorise la coulée plutôt que la durée. Les mots doivent être vus. Le mot est un élément ».

Et encore dans cet entretien accordé à Recours au poème :

« je proposais une poésie fondée sur les mots isolés. Le mot se dit et dit le monde. La phrase, ce sont les enchainements. Proposer le mot isolé pour représenter les choses et les êtres, c’était en quelque sorte présenter la lumière en dehors des écheveaux de la plume, du phrasé. C’était présenter un monde lumineux, un monde heureux. »

« Il s’agissait de « dépareiller » la poésie de la phrase, de libérer les mots. Il y avait eu déjà dans l’expressionnisme allemand des poètes qui avaient donné la prédominance au substantif. Mais pas d’une façon systématique. Il y avait une prédominance du substantif. C’était le cas aussi pour les poètes concrets. Je n’ai fait que rendre systématique cette tendance : faire une poésie des mots sans articulation, qui cependant restent articulés. Dans mon premier poème spatial, l’accumulation du mot « soleil » correspond au titre « grains de pollen » (l’observation dans un microscope, adolescent, m’avait semblé évidente : les grains de pollen ressemblaient au soleil). Et vice versa. »

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais rendu public. Les champs marqués d'un astérisque (*) sont obligatoires