Facile, difficile

Facile, difficile. C’est là qu’une conséquence de l’objectivisme radical, masquée dans le cas de Testimony par l’accessibilité des textes, qui provient à la fois de leur source, les témoignages, des principes du prélèvement, et de la construction polyphonique des voix (gommant leur hétérogénéité), saute aux yeux. Il n’y a aucune raison qu’une saisie par la poésie des choses, de choses vues, dans leur singularité, dans leur succession par le compositeur objectif qui les place dans les lignes de ses poèmes, soit aisément offerte à la compréhension du lecteur. […] Le monde tel qu’il se présente à nous, si on cherche à l’appréhender poétiquement sans le sentimentaliser, l’interpréter moralement, sans le commenter, a fortement tendance à l’hermétisme, à la lacune, à l’ellipse. »

Jacques Roubaud, La tentative objectiviste, in Revue de littérature générale 96/2

 
Pour l’appréhension du monde, j’enlèverai pour ma part le « poétiquement », dont l’usage est un peu vague, ce qui m’étonne chez un Jacques Roubaud. On pourrait se demander par ailleurs si le choix des choses, lui, n’est pas toujours moral. Dans le cas de Testimony, au niveau global, c’est évident.

Mais oui, donc le réel, pas le (magnifique) réalisme mythologique de Pavese, pas le réalisme (horrible) à thèse socialiste. Pas plus le naturalisme.

Pas de tranches de ville, à peine des instantanés, des entrevus. D’où l’ellipse et l’ambiguïté de la syntaxe.

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais rendu public. Les champs marqués d'un astérisque (*) sont obligatoires