Armistice

L’inhumation d’un proche que l’on croit vivant n’est jamais simple.

Mon père n’a pas l’habitude de monter l’escalier. La caresse qu’il échange sur mon crâne enfoui, sommeil simulé, je sens encore le poids de sa main.

La table ronde du lendemain annonce la date : 11 novembre. Mon père a préparé des périphrases débarrassées des mots trop gros pour nous. C’est veillée du corps et mise en bière qu’il faudrait dire.

Mais je sais où juche mon devoir, à défaut de…

Le thanatopracteur aura bien travaillé. [... mieux que toi pour sûr, qui aligne une dizaine de mots, intermittents depuis des jours, pesés dans tous les sens...]

L’appartement comprend une petite cuisine à double entrée sur un couloir et un assez grand salon-salle à manger,

et au fond à gauche la chambre. J’attends mon tour.

Que je passe. Je veux pas la voir, non, mais est-ce que vous m’entendez ? Vos visages reflètent ma terreur pendant cet horrible dialogue de faces.

Non, mais est-ce que vous m’entendez ?

Maintenant, la cuisine déborde de monde. Le cercueil se fraye un passage dans le couloir.  Sur la table de la salle à manger, un coup mat entame le récit de l’opération. Des pieds raidis frottent le parquet. Des instructions froissent à peine les soupirs étalés dans la pièce. Un sanglot d’hystérique se replie vers la cuisine.  Puis le silence écrêté. Le martèlement a l’air anachronique, ses clous obséquieux.

Le cercueil repasse. Direction la mort.

Voir de même : Père Jean, Rémittent

Maj du 25/07/11

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