Père Jean

Je retrouve un poème de jeunesse, que j’hésite à passer à la moulinette. Il y est question d’un pari qui pourrait défaire le jeu des ultimes barricades :

« Je serais Jean car en destin.
Être par miracle en sa mort
un sourire de rémittent
pour seul fardeau dans mon voyage
Plus de honte ! Ma part utile
va-t-en jouer mon corps de rien
»

… est la première strophe de cette sextine. Le destin y était déjà laminé dans une forme de retour perpétuel.

Mais je serai Jean quand bien même. Le prénom de mon grand-père comme premier terme de l’héritage.

Je lui dois l’unique souvenir d’un éden. C’est un jour bleu de moisson dans un champ inondé de soleil, un tracteur au pas. Père Jean m’en confie la direction, toute anxiété abolie dans l’air transparent.

Je n’ai que faire de ces images, insonores, qui reviennent sans motivation apparente.

Que faire d’un paradis perdu.

Il faut oublier les morts en tant que morts et prendre son parti des fragments qu’ils nous ont laissés.

Ce maître ignorant m’a enseigné l’art de dormir les coudes sur la table. Chaque jour congédier sans ambages toute pensée pour une heure d’un répit impeccable.

Hors de cela, c’est toujours la même intranquillité.

Voir de même : ArmisticeHara-kiri, Rémittent

Maj du 14/04/13

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